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lunes, 22 de septiembre de 2014

JEAN RICHEPIN [11.113]


Jean Richepin

Jean Richepin, nacido en Médéa (Argelia) el 4 de febrero de 1849 y fallecido en París el 12 de diciembre de 1926, fue un poeta, novelista y autor dramático francés.
Su obra más conocida, La Chanson des Gueux (la canción de los mendigos), fue publicada en 1876. El libro se consideró escandaloso y su autor fue condenado a un mes de cárcel por atentado a las buenas costumbres.
En 1908, fue elegido miembro de la Academia francesa. También fue nombrado Comandante de la Legión de Honor.
Gabriel Fauré puso música a los poemas de Richepin, Larmes (lágrimas) y Au cimetière (en el cementerio).
Georges Brassens compuso la melodía e interpretó dos poemas de Richepin: Les oiseaux de passage (las aves de paso) y Les Philistins (los filisteos), cuyo título original era Chanson des cloches de baptême (canción de las campanas del bautismo).





Tristeza de los animales

El sol detrás del bosque, moribundo, se pierde.
Los cielos el ocaso tiñe de rosa y verde.
Muestra sus blancos cuernos la luna. En el remate
De una rama, reluce todavía un granate.
A los pozos que colman del bosque los regueros
Entre nubes de polvo regresan los corderos;
Les azuzan los canes con sus fuertes ladridos,
Y tras ellos caminan los pastores rendidos.
En el campo reposan las bestias y las aves.
Solamente acompañan a los rebaños graves,
De la senda a lo largo marchando a saltos breves
En busca de insectillos, bruscos aguzanieves.
Luego también se ocultan. La noche avanza, avanza
Y sus espesas sombras a los taludes lanza
Donde el grillo se queja con su cantar bucólico
En estrofas alternas de ritmo melancólico.
Por la brisa nocturna sacudidos, se agitan
Hierbas y matorrales que, trémulos, palpitan
Y murmurar parecen obscuras confidencias.
A este concierto lúgubre juntando sus cadencias,
La flauta del anciano pastor, turbando el eco,
Viene a asustar al sapo que resuella en su hueco.
Temeroso el carnero la armada frente humilla,
Sus grandes ojos abre la débil ovejilla
Y el perro se detiene y a aullar siniestro empieza.

¡Oh, qué justo motivo tiene vuestra tristeza!
¡Con qué razón solloza, pastor, tu triste canto!
¡Con qué razón la bestia ve llegar con espanto
lo negro y lo insondable de la noche que asombra!
¿Quién sabe lo que guardan, unidas, noche y sombra?
¿Qué brazo nos amaga, qué vista nos acecha
En sus hondas negruras? ... ¡La noche! ... red estrecha
Que a nuestros pies la Muerte deja siempre extendida
Y todas las mañanas de peces saca henchida.

¡Viva el sol bueno, viva! Su destello es sagrado.
¡Viva el sol claro, viva! Por él todo es creado.
Él deja llenos de oro los cálices fragantes,
Él forma del rocío los líquidos diamantes,
Él da, pródigo, a marzo, sus brotes de esmeralda,
A mayo de perfumes fresquísima guirnalda,
A junio, de las eras el abrasado aliento,
Sus revueltos celajes a otoño amarillento,
Y en diciembre restaura nuestro cuerpo aterido
Con el vino de púrpura y el hogar encendido.
Es el amigo mágico de sonrisa encantada
Que devuelve al que llora la alegría anhelada,
Que retorna al enfermo la salud. Él ahuyenta
Recelos y zozobras, y la esperanza alienta.
Él da sangre a las venas; él en los seductores
Ojos de las mujeres se trueca en resplandores;
Por él en sus transportes el amor nos embriaga;
Yo siento que mi vida se va cuando él se apaga.

Y vosotras, ¡oh bestias!, sentís lo mismo acaso.
¿No es verdad? Y de noche tenéis, por eso, el paso,
Y en el alma, que os niega del hombre la porfía,
Sentís yo no sé que vaga melancolía.

Enrique Díez Canedo y la poesía extranjera




Tristesse des bêtes

Le soleil est tombé derrière la forêt. 
Dans le ciel, qu'un couchant rose et vert décorait, 
Brille encore un grenat au faîte d'une branche. 
La lune, à l'opposé, montre sa corne blanche. 
Vers les puits, dont l'eau coule aux rigoles de bois, 
C'est l'heure où les barbets avec de grands abois 
Font, devant le berger lourd sous sa gibecière, 
Se hâter les brebis dans des flots de poussière. 
Les bêtes, les oiseaux des champs, sont au repos. 
Seuls, le long du chemin, compagnons des troupeaux, 
Sautant de motte en motte après la mouche bleue, 
On entend pépier les brusques hoche-queue. 
Puis ils s'en vont aussi. La nuit de plus en plus 
Monte, noyant dans l'ombre épaisse le talus 
Où les grillons plaintifs chantent leur bucolique 
En couplets alternés d'un ton mélancolique. 
Sous la brise du soir les herbes, les buissons, 
Palpitent, secoués de douloureux frissons, 
Et semblent chuchoter de noires confidences.
A ce ronron lugubre accordant ses cadences, 
Le vieux berger, qui souffle en ses pipeaux faussés, 
Fait pâmer les crapauds râlant dans les fossés. 
Or, le bélier pensif baisse plus bas ses cornes ; 
Les brebis, se serrant, ouvrent de grands yeux mornes ; 
Et les chiens en hurlant s'arrêtent pour s'asseoir.

Oh ! vous avez raison d'être tristes, le soir ! 
Elle a raison, berger, ta chanson monotone 
Qui pleure. Il a raison, l'animal qui s'étonne 
De l'ombre épouvantable et de la nuit sans fond. 
Hélas ! l'ombre et la nuit, sait-on ce qu'elles font ? 
Sait-on quel oeil vous guette et quel bras vous menace 
Dans cette chose noire ? Ah ! la nuit ! C'est la nasse 
Que la Mort tous les soirs tend par où nous passons, 
Et qui tous les matins est pleine de poissons.

Vive le bon soleil ! Sa lumière est sacrée. 
Vive le clair soleil ! Car c'est lui seul qui crée. 
C'est lui qui verse l'or au calice des fleurs, 
Et fait les diamants de la rosée en pleurs ; 
C'est lui qui donne à mars ses bourgeons d'émeraude, 
A mai son frais parfum qui par les brises rôde, 
A juin son souffle ardent qui chante dans les blés, 
A l'automne jauni ses cieux roux et troublés ; 
C'est lui qui pour chauffer nos corps froids en décembre 
Unit au bois flambant les vins de pourpre et d'ambre ; 
C'est lui l'ami magique au sourire enchanté 
Qui rend la joie à ceux qui pleurent, la santé 
Aux malades ; c'est lui, vainqueur des défaillances,
Qui nourrit les espoirs, ranime les vaillances ; 
C'est lui qui met du sang dans nos veines ; c'est lui 
Qui dans les yeux charmants des femmes dort et luit ; 
C'est lui qui de ses feux par l'amour nous enivre ; 
Et quand il n'est pas là, j'ai peur de ne plus vivre.

Vous comprenez cela, vous, bêtes, n'est-ce pas ? 
Puisque, le soir venu, ralentissant le pas, 
Dans votre âme, par l'homme oublieux abolie, 
Vous sentez je ne sais quelle mélancolie.






Ballade du Roi des Gueux

Venez à moi, claquepatins, 
Loqueteux, joueurs de musettes, 
Clampins, loupeurs, voyous, catins, 
Et marmousets, et marmousettes, 
Tas de traîne-cul-les-housettes, 
Race d'indépendants fougueux ! 
Je suis du pays dont vous êtes :
Le poète est le Roi des Gueux.

Vous que la bise des matins, 
Que la pluie aux âpres sagettes, 
Que les gendarmes, les mâtins,
Les coups, les fièvres, les disettes
Prennent toujours pour amusettes, 
Vous dont l'habit mince et fongueux 
Paraît fait de vieilles gazettes, 
Le poète est le Roi des Gueux.

Vous que le chaud soleil a teints, 
Hurlubiers dont les peau bisettes 
Ressemblent à l'or des gratins, 
Gouges au front plein de frisettes, 
Momignards nus sans chemisettes, 
Vieux à l'oeil cave, au nez rugueux, 
Au menton en casse-noisettes, 
Le poète est le Roi des Gueux.

ENVOI

Ô Gueux, mes sujets, mes sujettes,
Je serai votre maître queux. 
Tu vivras, monde qui végètes ! 
Le poète est le Roi des Gueux.






Ce que dit la pluie

M'a dit la pluie : Écoute 
Ce que chante ma goutte, 
Ma goutte au chant perlé. 
Et la goutte qui chante 
M'a dis ce chant perlé :
Je ne suis pas méchante, 
Je fais mûrir le blé.

Ne sois pas triste mine 
J'en veux à la famine.
Si tu tiens à ta chair,
Bénis l'eau qui t'ennuie 
Et qui glace ta chair ; 
Car c'est grâce à la pluie 
Que le pain n'est pas cher.

Le ciel toujours superbe 
Serait la soif à l'herbe 
Et la mort aux épis.
Quand la moisson est rare 
Et le blé sans épis, 
La paysan avare 
Te dit : Crève, eh ! tant pis !

Mais quand avril se brouille, 
Que son ciel est de rouille, 
Et qu'il pleut comme il faut, 
Le paysan bonasse 
Dit à sa femme : il faut, 
Lui remplir sa besace, 
Lui remplir jusqu'en haut.

M'a dit la pluie : Écoute
Ce que chante ma goutte, 
Ma goutte au chant perlé. 
Et la goutte qui chante 
M'a dit ce chant perlé 
Je ne suis pas méchante, 
Je fais mûrir le blé.




Déclaration

L'amour que je sens, l'amour qui me cuit,
Ce n'est pas l'amour chaste et platonique,
Sorbet à la neige avec un biscuit ;
C'est l'amour de chair, c'est un plat tonique.

Ce n'est pas l'amour des blondins pâlots
Dont le rêve flotte au ciel des estampes.
C'est l'amour qui rit parmi des sanglots
Et frappe à coups drus l'enclume des tempes.

C'est l'amour brûlant comme un feu grégeois.
C'est l'amour féroce et l'amour solide.
Surtout ce n'est pas l'amour des bourgeois.
Amour de bourgeois, jardin d'invalide.

Ce n'est pas non plus l'amour de roman, 
Faux, prétentieux, avec une glose 
De si, de pourquoi, de mais, de comment. 
C'est l'amour tout simple et pas autre chose.

C'est l'amour vivant. C'est l'amour humain. 
Je serai sincère et tu seras folle, 
Mon coeur sur ton coeur, ma main dans ta main. 
Et cela vaut mieux que leur faribole !

C'est l'amour puissant. C'est l'amour vermeil.
Je serai le flot, tu seras la dune.
Tu seras la terre, et moi le soleil.
Et cela vaut mieux que leur clair de lune !






Sonnet morne

Il pleut, et le vent vient du nord.
Tout coule. Le firmament crève.
Un bon temps pour noyer son rêve
Dans l'Océan noir de la mort !

Noyons-le. C'est un chien qui mord.
Houp ! lourde pierre et corde brève !
Et nous aurons enfin la trêve,
Le sommeil sans voeu ni remord.

Mais on est lâche ; on se décide
À retarder le suicide ;
On lit ; on bâille ; on fait des vers ;

On écoute, en buvant des litres,
La pluie avec ses ongles verts
Battre la charge sur les vitres.







Sonnet moderne

Elle mit son plus beau chapeau, son chapeau bleu, 
Et la robe que nul encor n'a dégrafée. 
Puis elle releva la boucle ébouriffée 
Que sa voilette avait fait redescendre un peu.

Elle se dit : - C'est mal, très-mal! Et comme il pleut ! 
Je serai faite, vrai, comme une vieille fée ! - 
Puis, avant de sortir, pour prendre une bouffée 
D'air chaud, elle allongea ses mains devant le feu.

Et sous son en-tout-cas la voilà qui trottine 
Dans la pluie. On ne voit d'elle que sa bottine, 
Et sa croupe qui fait un pouf au waterproof.

Elle arrive. - Mon Dieu ! que c'est haut le cinquième !
La clef est sur la porte, elle entre, elle fait : Ouf !
Et lui mouille le nez en lui disant : - Je t'aime.