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miércoles, 15 de febrero de 2012

6055.- RÉMY DURAND




Rémy Durand (Caracas, VENEZUELA 1946)
Pasa su infancia en Venezuela hasta los diez años. Luego va a Senegal y estudia en el Liceo Van Vollenhoven. Prosigue estudios en la Facultad de Letras de Dakar en donde obtiene la licenciatura en Letras, en 1968.; los termina en Francia con un master en dramaturgía en la Universidad de Provence (Aix-en-Provence); después de aprobar los “concursos” trabaja para la Alianza Francesa en Colombia, India, Ecuador e Irlanda, promoviendo la lengua y la cultura francesas, la francofonía y el diálogo de culturas.
Desde 2001 vive en Toulon. Crítico de arte, crítico literario y conferencista, ha publicado numerosos artículos en la prensa latinoamericana, poemarios y poemas en diversas revistas. Iniciador y fundador de la Asociación Gangotena en 2001, organiza en Toulon encuentros poéticos, tal como lo había hecho en el extranjero : los « Jueves poéticos » (Ecuador) y los « Poetry Thursdays » (Irlanda). Rémy Durand es Miembro de la Fundación Guayasamín ( Ecuador), Comendador en la Orden del Mérito de la República del Ecuador y Caballero de las Palmas Académicas (Francia)
Mayor información en su página web: http://www.remydurand.com/
Leer más textos y poemas: 
http://www.remydurand.com/decouvertes.htm,  puzzle n° 7








Toulon, samedi 9 décembre 2006




Pour Z.


Madame,


Je vous observe.
Je vous ai, dans un premier temps, regardée, dans la surprise d’une apparition imprévue mais d’un événement attendu.
Il n’y a d’imprévu que l’on ne façonne et que l’on ne pétrit à force de l’attendre.


Connaissez-vous l’imprévu ? Mon regard sur vous a construit ce moment de grâce tant inattendu qu’il devait être, ex nihilo, prévu : prémonition de ma coulée dans votre regard, prévoyance irréfléchie et si légère dans son bonheur, si espérée dans sa certitude.


On a dit que subi était l’imprévu.
Je ne le crois en rien, sinon, pourquoi vous avoir rencontrée ? Je n’ignore pas faire la part entre le hasard et ce que l’on appelle communément le rendez-vous. Je suis donc empli de gaîté car je vous ai vue et regardée, et maintenant je vous observe comme une nécessité intemporelle de l’imprévoyante et nécessaire légèreté du cœur, prémonition du rendez-vous.


J’ai cru comprendre que vous étiez étrangère ; peut-être alors ne connaissez-vous pas le mot « fortuit », qui chante bien et qui signifie « par hasard ». Je ne saurais vous faire l’injure, Madame, d’être un événement fortuit ! Je dis que vous êtes un espace nécessaire, attendu, et que mon regard s’est attaché à vous comme la proue d’un navire ne peut, par chance, refuser de recevoir la prospérité de l’eau. De l’eau à l’aveu, je suis à cette reconnaissance de mon observation de vous. Quel domaine découvrirai-je ? Quel domaine n’ai-je pas encore découvert ?


J’ai trop écrit pour aujourd’hui, Madame, et je vous importune et je vous trouble peut-être, tant il est vrai que recevoir une lettre d’un inconnu semble chose … fortuite.


Il est vrai que je n’osais vous écrire. Peut-être n’oserai-je plus le faire, car je vous observe et je suis gai, et je crains que vous écrire puis vous rencontrer me fasse perdre ce bonheur, mais il faut bien que je vous dise encore et toujours pourquoi vous êtes mon attendue tant inattendue.


Vous allez penser que je me répète. Pourtant, j’aime ces redondances qui vous ressemblent et qui seront, dans les jours qui viennent, des étincelles de mon observance de vous.


Cela fait longtemps que je souhaite vous dire ces mots et vous dire qu’ils sont les vôtres parce que je vous observe depuis un certain temps et que rien n’est écrit que vous n'ayiez provoqué.


Peut-être vous aimé-je, déjà.




Rémy Durand, Lettre à une inconnue, inédit, 2006
Poème lu à la Médiathèque de Cavalaire le 10 octobre 2008










CARTA A UNA DESCONOCIDA


Toulon, sábado 9 de diciembre 2006




Para Z.


Señora,


Os observo.


Primero, os he mirado, con la sorpresa de una aparición imprevista pero de un acontecimiento esperado.


No hay nada imprevisto que uno no moldee y amase a fuerza de esperarlo.


Conocéis lo imprevisto? Mi mirada en vos construyó ese momento de gracia tan inesperado que debía de ser previsto : premonición de sumirme en vuestra mirada, previsión irreflexiva y tan ligera en su felicidad, tan esperada en su certeza.


Han dicho que lo súbito era lo imprevisto.
No lo creo para nada, si no, porqué haberos encontrado? Ya sé separar el azar de lo que se llama comúnmente el rendez-vous. Así que estoy lleno de alegría porque os he visto y mirado, y ahora os observo como la necesidad intemporal de la inadvertida y necesaria ligereza del corazón, premonición del rendez-vous


Me pareció que seréis extranjera: tal vez entonces no conocéis la palabra “fortuito” que canta lindo y que significa “por casualidad”. No quisiera ofenderos, Señora, al decir que sóis un acontecimiento fortuito! Digo que sóis un espacio necesario, esperado, y que mi mirada se encariñó con vos como la proa de una nave no puede, por suerte, negarse a recibir la prosperidad del agua. Del agua a la confesión, he llegado al agradecimiento de mi observación de vos. Cuál área estoy a punto de descubrir? Cuál área he descubierto ya?


Escribí demasiado para hoy, Señora, y os molesto y os perturbo quizás, ya que es verdad que recibir una carta de un desconocido parece cosa...fortuita.


De veras no me atrevía a escribiros. Quizás no me atreveré más a hacerlo, porque os observo y estoy alegre, y me temo que escribiros y después encontraros me haga perder esa felicidad, pero es preciso que os diga ahora y para siempre porqué vos sóis mi esperada tan inesperada.


Pensaréis que repito. Sin embargo, me gustan esas redundancias que se parecen a vos y que serán, en los próximos días, destellos de mi deferencia.


Hace tiempo que deseo deciros estas palabras y deciros que son las vuestras porque os observo desde algún tiempo y que nada está escrito que vos no habéis provocado.


Quizás os amo, ya.




Rémy Durand, Lettre à une inconnue, 2006
Versión en español : Rémy Durand








Le cerf-volant de l’Amanarre




Très haut dans le ciel, le cerf-volant n’était plus qu’un léger point rouge, immobile.


… Sur la plage, des enfants s’étaient approchés de la petite fille blonde qui avait tenté plusieurs fois de lancer sa comète au ciel mais que le vent avait refusée : elle retombait, comme si ce refus était signe d’une épreuve qu’elle devait accepter, sans se résigner.
Il était insolite et singulier de voir une enfant si jeune avec un cerf-volant si grand pour sa taille. Tout son corps se tendait, alors qu’elle courait sur le sable, et son visage marquait une bien étrange détermination ; elle était résolue, le cerf-volant accepterait son désir, elle en était sûre, il la comblerait car telle était sa volonté.
Elle avait lancé le jouet dans les courants du vent, à plusieurs reprises, et quand elle bondissait pour qu’il s’envole, ses cheveux bouclés imprimaient leur reflet dans l’espace qu’ils créaient autour d’elle, comme une étrenne à l’invisible. Elle était d’autant plus déterminée qu’elle avait su, par quelque mystérieuse alliance entre elle et la mer, entre elle et le vent, – qui devait être celle de l’enfance dont elle offrait l’effigie – que son jouet élirait domicile avec elle dans les airs, qu’il ne l’abandonnerait pas sur la plage, plus seule que jamais.


Elle avait envie de partir. Pour que son regard atteigne les nuages, encore plus loin peut-être, pour que son chagrin s’apaise, pour parler, là-haut, puisque ici elle ne le pouvait pas, pour écrire, là-haut, des mots dans un ordre parfait, dans la pérennité de l’ordre de chaque lettre, puisqu’ ici elle avait tant de mal à le faire. Il lui avait semblé que ce devait être une façon d’être heureuse, une heureuse façon de lire la mémoire du monde, de passer de ce monde-ci où elle ne pouvait rêver, au monde des vents qui dévoileraient leurs secrets. Elle ne voulait pas grandir, malgré toute la curiosité qu’elle avait de savoir, malgré tout le soleil qui éclairait son visage et laissait croire à tous qu’elle était heureuse.


Elle tenait bon le fil qui retenait le cerf-volant à sa main, elle ne voulait pas qu’il partît sans elle, elle espérait qu’il fût assez solide, et qu’il ne cassât pas lorsqu’elle prendrait avec lui son envol.


Les enfants qui avaient essayé de lui parler et de l’aider avaient vite abandonné, bien qu’ils n’eussent jamais vu une telle petite fille, si appliquée à sa tâche, si belle dans sa robe bleue de coton froissé, et si résolue dans ses gestes : elle n’avait pas daigné se rendre compte de leur présence, peut-être avait-t-elle fait quelque geste de reproche qui les avait aussitôt découragés.
Pourtant un jeune garçon s’était approché d’elle, plus téméraire que les autres : il avait compris qu’un événement important se tenait là, sur cette plage : la petite fille rendait un indicible hommage à son jouet qu’elle voulait volant, à toutes forces, comme si c’était pour elle une question de vie ou de mort. Leurs regards s’étaient croisés et, pour la première fois de sa vie, il éprouva une émotion inconnue, et qui l’avait atteint au plus profond et fait frissonner. Il eut envie de pleurer. Il retint ses larmes.


Il devait l’aider. Il se sentit soudain comme investi d’une mission, et si ce n’était pas possible de l’aider avec des gestes, parce qu’elle l’en aurait empêché, il le ferait avec la seule énergie qu’elle générait en lui, et qui lui donnait la force, lui semblait-il, de soulever la mer.
Il avait su qu’une fois là-haut, le cerf-volant avec ses petites guirlandes comme des papillons bleus, la libèrerait. Il avait lu dans ses yeux ce désir de cerf-volant, ce désir de vent, et il ne voulait plus qu’il partît comme une fusée dans le ciel pour retomber, mais qu’il chantât là-haut avec elle, qu’il dansât là-haut avec elle.


Il aurait aimé lui parler.Lui demander son nom, la prendre par la main… Elle l’avait laissé s’asseoir à ses côtés, mais elle ne disait rien ; le mutisme de la petite fille et son sourire le décontenançaient. Il avait entendu dire que, dans certaines régions de l’Amérique latine, le silence et le sourire d’enfants veillaient sur la mémoire de l’humanité, qui était si cloquée de crimes que seuls leurs sourires et leurs silences pouvaient en apaiser les esprits mauvais.


Elle s’était relevée et avait pris son élan, tenant fermement le jouet à deux mains, on aurait dit qu’elle pénétrait l’espace le plus dynamique de sa comète, que cette fois elle connaissait les lois des courants et des forces du vent, du vau-vent et des contre-vents. Il lui avait semblé que la petite fille devenait de plus en plus légère à mesure que son cerf-volant s’élevait, de plus en plus haut, dans un amusant ballet où il semblait que l’objet dessinât sur le ciel de grandes lettres éoliennes.


Avant de s’envoler elle avait voulu lui dire quelque chose, qu’il avait entendu, peut-être ne l’avait-elle pas dit, pourtant elle devenait de plus en plus un peu de ce rêve qu’il avait approché, et qui lui disait Laisse-moi, je dois partir, ne viens pas, mais viens avec moi dans mon rêve, si tu veux bien.


…Très haut dans le ciel, le cerf-volant n’était plus qu’un léger point rouge, immobile.


Rémy Durand, in On dirait que la nuit est tombée, éditions La Bartavelle 2002
Rémy Durand, septembre 2010 pour la présente édition










La cometa del Almanarre


Muy alto en el cielo, la cometa ya no era más que un puntito rojo, inmóvil.


...En la playa, unos muchachos se habían acercado a la niña rubia que había intentado varias veces lanzar su cometa al cielo, pero el viento la había rechazado: se caía, como si ese rechazo fuera signo de una prueba que debía aceptar, sin resignarse.
Era algo insólito y singular ver a una chica tan joven con una cometa demasiada grande para su tamaño. Todo su cuerpo se tensaba al correr por la arena, y su cara denotaba una determinación bastante extraña; estaba resuelta, la cometa aceptaría su deseo, de eso ella estaba segura, la complacería porque esa era su voluntad.
Había lanzado el juguete en las corrientes del viento, repetidas veces, y cuando ella brincaba para que echase a volar, sus cabellos rizados imprimían sus reflejos en el espacio que creaban a su alrededor, como un regalo a lo invisible. Estaba aún más determinada desde que sabía, tras alguna misteriosa alianza entre ella y el mar, entre ella y el viento – sin duda la de la niñez de la cual ofrecía la efigie – que su juguete elegiría domicilio con ella en el aire, que no la abandonaría en la playa, más sola que nunca.


Tenía ganas de irse. Para que su mirada alcanzace las nubes, quizás todavía más lejos, para que su pena calmase, para hablar, allá arriba, ya que aquí no lo podía, para escribir, allá arriba, palabras en perfecto orden, en la perennidad del orden de cada letra, ya que aquí le costaba tanto hacerlo. Le había parecido que aquello podía ser una manera de ser feliz, una manera feliz de leer la memoria del mundo, de pasar de este mundo, donde no lograba soñar, al mundo de los vientos que desvelarían sus secretos. No quería crecer, a pesar de toda la curiosidad que tenía de saber, a pesar de todo el sol que iluminaba su cara y dejaba creer a todos que era feliz.
Agarraba el hilo que sujetaba la cometa a su mano, no quería que se fuese sin ella, esperaba que fuera lo suficiente resistente y que no se rompiera cuando levantase el vuelo con ella.


Los muchachos que habían tratado de hablarle y de ayudarla habían desistido rápidamente, aunque nunca habían visto a una niña como ella, tan aplicada a su tarea, tan hermosa en su vestido arrugado de algodón azul, y tan resuelta en sus gestos: no se había dignado a darse cuenta de su presencia, o tal vez había hecho un gesto de reproche que les había en seguida desanimado.
Sin embargo un joven se había acercado a ella, más temerario que los otros: había entendido que un acontecimiento importante sucedía, en aquella playa: la niña rendía un homenaje indecible a su juguete que quería a todas fuerzas ver volar, como si fuera para ella cuestión de vida o muerte. Habían cruzado la mirada y por primera vez en su vida el joven sintió una emoción desconocida que le había conmovido profundamente y le había estremecido. Tuvo ganas de llorar. Contuvo las lágrimas.


Tenía que ayudarla. De pronto se sintió como investido de una misión, y si no fuese posible ayudarla con gestos porque se lo habría impedido, lo haría con la misma energía que ella generaba en él y que le daba la fuerza, a su parecer, de levantar el mar.
Sabía que, una vez allá arriba, la cometa, con sus pequeñas guirnaldas como mariposas azules, la liberaría. Había leído en sus ojos aquel deseo de cometa, aquel deseo de viento, y ya no quería que saliese como un cohete al cielo para caerse de nuevo, pero que cantase allá arriba con ella, que bailase con ella allá arriba.
Hubiera querido hablarle. Preguntarle su nombre, tomarla de la mano... Lo había dejado sentarse a su lado pero no decía nada; el mutismo de la niña y su sonrisa lo desconcertaban. Había oído decir que en ciertas partes de América Latina el silencio y la sonrisa de niños cuidaban de la memoria de la humanidad, que estaba tan hinchada de crímenes que sólo sus sonrisas y sus silencios podían apaciguar los malos espíritus.


La niña se había levantado de nuevo y había tomado impulso, agarrando firmemente el juguete con las dos manos, parecía que penetraba en ese espacio más dinámico de su cometa, que esta vez conocía las leyes de las corrientes y de las fuerzas del viento, al gusto del viento y en contra del viento.
Le pareció que la niña volvía cada vez más ligera a medida que su cometa se alzaba, cada vez más alto, en un divertido ballet donde parecía que el objeto dibujase sobre el cielo grandes letras eólicas.


Antes de echarse a volar ella habría querido decirle algo que él había oído, quizás ella no lo había dicho, sin embargo la niña entraba un poco más en el sueño al que se había acercado y que le decía Déjame, tengo que irme, no vengas, pero ven conmigo en mi sueño, por favor.


…Muy alto en el cielo la cometa ya no era más que un puntito rojo, inmóvil.




© Rémy Durand, septiembre 2010 para la presente edición
Versión en español : Rémy Durand


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I Almanarre es el nombre de una larga playa de 4 kms, cerca de la ciudad de Hyères (provincia del Var).
La palabra procede del árabe, “El manjar” (nota del autor).